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Autiste et condamnée à l'isolement ?

 


Chers amis, j'espère que vous allez bien. Moi je dirais que je me stabilise dans le fond, j'ai trouvé un micro équilibre pas ouf, mais qui se maintient. Les crises se sont calmées, mais la fatigue est toujours intense. D'autant plus que je suis en plein déménagement, le summum de l'angoisse pour les autistes.

J'ai également dû faire face à un décès dans ma famille, qui vient me rappeler un peu violemment comment la mort m'angoisse et surtout celle des gens qui me sont proches et qui sont ceux dont j'ai absolument besoin pour rester hors de l'eau, puisque je l'ai compris, seule, je n'y arrive pas (malgré ce qu'on pourrait penser), bref, pas la joie.

Ces derniers temps, j'ai de plus en plus fait un constat frappant et qui m'attriste beaucoup, on va pas se mentir. J'ai remarqué combien il m'est difficile de me faire comprendre des personnes neurotypiques (c'est à dire toutes celles ne souffrant pas d'autisme, de troubles de l'attention, de troubles dys etc bref la majorité de la population) et à l'inverse la facilité que j'ai à converser, me lier avec des personnes neuroatypiques, au point que je n'ai quasi même pas besoin de parler avec ces dernières.

Ce n'est pas une petite différence entre ces 2 types de personnes, c'est carrément flagrant, un gouffre. Et c'est absolument terrible pour moi car quand je suis avec d'autres personnes neuroatypiques, je me dis : "mais pourquoi c'est pas aussi simple avec tout le monde ?" . Cette incompréhension me terrifie et m'attriste terriblement, puisque au fil de ma vie, dans mes rencontres, dans ma famille, il y a des gens que j'aime énormément, mais qui me rejettent, m'évitent, parfois le contact devient même absent.

Juste car je suis autiste. Car je n'ai pas la même lecture des choses qu'eux, que je dis, je fais des choses qui sont mal perçues sans que moi je m'en rende compte, j'ai commencé à en identifier certaines d'ailleurs, la plus parlante étant lorsque, dans une conversation, je "ramène les choses à moi". C'est à dire que vous me parlez d'une expérience, d'un vécu, et moi je vais vous dire "ah bah oui moi aussi ca me fais ça et j'ai fait ça et ça", ce qui en face est pris pour une marque d'égoïsme.

J'ai remarqué ceci depuis un moment déjà, que j'ai ce reflexe automatique. Je n'ai jamais compris pourquoi c'était mal pris. En me documentant sur l'autisme, j'ai appris que ce trait est un des principaux mécanismes du masking, (je rappelle que le masking c'est la stratégie d'adaptation au monde neurotypique) que nous utilisons en tant qu'autistes pour créer un lien avec l'autre.

En comparant l'expérience de l'autre à la nôtre, nous donnons l'impression d'être "comme eux", de ne pas être si différent finalement, nous tentons d'établir un lien. Il y a plusieurs reflexes comme ça de communication que nous utilisons et qui sont très souvent mal perçus ou pris pour de l'égoïsme. Moi personnellement c'est des utilisations de tournures de phrases, par exemple je dis "chez moi" au lieu de "chez nous", "ma voiture" au lieu de "notre voiture", pourtant, moi je n'y vois rien de mal, pour mon cerveau c'est beaucoup plus simple de dire "mon, ma" que "notre", c'est difficile à expliquer mais juste demander à mon cerveau de faire la différence entre ce qui est réellement uniquement à moi, et ce que je partage avec mon chéri, c'est trop compliqué.

Voilà ce sont plein de petites choses comme ça dont je me rends compte et auxquelles je ne peux rien faire puisque c'est pas moi qui décide, mais mon cerveau. Oui, je peux décider de me mettre la pression de me dire "avec telle personne TU TE TAIS, tu ne parles pas de toi rien." et je le fais. Mais c'est coûteux. Très coûteux. Et ça alimente encore le sentiment de honte d'être comme je suis.

Je vais pas vous mentir, même si j'apprends à beaucoup déculpabiliser d'être autiste, je n'en ai pas moins toujours honte, puisque chaque jour, à chaque interaction, je me demande si j'ai bien agis, si j'aurais pas du moins parler, si j'ai rien dit de déplacé... et je n'ai jamais la réponse donc ça tourne généralement en boucle pendant des jours.

J'en viens à me demander : Suis-je condamnée à être isolée et ne fréquenter que des personnes neuroatypiques ? dois-je faire une croix sur des gens que j'aime profondément mais qui ne feront que me rejeter ? Sincèrement, plus le temps passe et plus je pense que je n'aurais pas le choix et c'est vraiment très triste pour moi, car des personnes neuroatypiques j'en connais peu, et ce sont des personnes souvent qui ne sont pas proches géographiquement de moi.

Souvent je remet en doute l'existence de ce blog aussi, en me disant que ça aussi ça peut être pris pour une marque d'égocentrisme profond, et quand mon chéri me dit "tu dois absolument partager ton vécu aux autres", quand des amis neuroatypiques non diagnostiqués me disent "tu sais je souffre depuis des années sans savoir ce qui ne va pas et grâce à ton blog je décide de passer un diagnostic" je me dis que peut-être c'est pas si mal. 

Même si comme je dis souvent à mon chéri, c'est dur pour moi de parler de mon expérience puisque toute ma vie on m'a dit que j'en faisais des tonnes, que j'étais névrosée, égocentrique, égoïste, que j'étais juste "trop stressée"... aujourd'hui j'ai encore du mal à me dire que je suis légitime d'en parler, que non, ce n'est pas de ma faute si je suis comme ça, si je dis "ma" "mon", que je parle trop, trop fort, que je suis sans filtre, que là, j'aurais dû me taire. Et pourtant... ce n'est définitivement pas de ma faute, et ça me fais plus de mal à moi qu'aux autres, qui finalement vont me trouver bizarre, et s'éloigner de moi alors que moi, ça va tourner dans ma tête pendant des heures, des jours, des années en me demandant "mais pourquoi?"


Alors voilà, la grande question c'est : En tant que neuroatypiques, sommes-nous condamnés à vivre entre nous ? à nous chercher, nous reconnaitre parmi la marée de neurotypiques ? ou pensez-vous qu'il est possible, avec de la sensibilisation comme j'essaie de le faire, de faire changer ça et qu'il est tout à fait possible de se lier et se faire comprendre de tout le monde ?

En tous cas il y a du boulot, car quand je vois la représentation de l'autisme dans les médias, les films etc, c'est pas gagné. N'oublions pas que plus de 80% des autistes sont comme moi, c'est à dire "pas l'air autistes". Mais nous sommes moins "spectaculaires" (un jour je vous parlerai pourquoi le concept du "papotin" me met un peu hors de moi mais c'est pas le sujet).


Voilà, c'était ma réflexion du jour les amis, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Moi je suis toujours dans une phase colère de mon après diagnostic, j'ai énormément de mal à accepter le rejet et l'incompréhension dont je suis victime, mais en plus je suis totalement maso car j'ai du mal à en vouloir aux gens alors que je devrais.

Prenez soin de vous, informez-vous, on oublie pas la lutte intersectionnelle pour TOUTES les minorités car malheureusement, ce n'est pas entrain de s'arranger pour nous.

Bisous bisous !

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